“et le corps est ce qui
de cette douleur déroutante
se sera sorti vivant et permanent”


A. A.
































































































Ce travail est une œuvre collective sur la question de la représentation de soi par la photographie.

De septembre 2018 à mars 2020, j’ai proposé, dans le cadre d’un atelier, à des usager·ère·s et du service psychiatrie adulte du pôle 94G16 des Hôpitaux de Saint-Maurice de travailler sur l’autoportrait.

Comment exprimer, à travers l’image photographique, la manière dont je me perçois, dont je me ressens, dont je vis mon rapport aux autres ? Se montrer, se dissimuler, raconter une présence au monde empêchée et inquiète.

Au cours de l’élaboration de ce travail, ces participant·e·s ont été amené·e·s à prendre conscience de leur image, à se l’approprier en expérimentant différentes possibilités photographiques puis à créer des mises en scène de soi.

Il s’agissait d’être l’auteur·e des conditions de sa visibilité et de sa perception par les autres.

Cette image de soi, si souvent prise en otage et stigmatisée, est ici reprise et réinvestie par le corps qui la porte. Le je s’affirme.


Cet atelier a aussi constitué un enjeu artistique personnel.

Le portrait est depuis des années au cœur de mon travail photographique. À l’initiative, jusqu’à présent, de chacun de mes projets, j’en étais la seule opératrice. Bien qu’en permanence éprouvée et ébranlée par la tension qui se crée au moment de photographier entre photographe et photographié, ces projets étaient les miens et, d’une certaine manière, je les pliais à ma vision.

Ici, j’ai souhaité ouvrir mon regard, le déplier, pratiquer un geste photographique expérimental qui ne consistait pas à capturer mais à accompagner et à recueillir.
 

Marion Gronier